Deux assiettes volantes

Publié le 17/05/2019
goretti comedor

A midi, quand les enfants arrivent au réfectoire, elles sont heureuses car c’est enfin la fin des classes et surtout, pour nombre d’entre elles, c’est le seul repas consistant de la journée, hormis le petit déjeuner et le goûter que donne également gratuitement le collège.

Un jour, à la fin du repas, deux enfants n’avaient pas encore terminé de manger. Comme le veut la norme du collège, elles ne pouvaient pas sortir sans avoir achevé leur assiette. J’étais moi aussi en train de prendre mon déjeuner et je les vis s’approcher. L’une d’elles se mit à courir pour me montrer son assiette vide et l’autre pour venir « papoter » et achever son repas à côté de moi. Celle qui courait se heurta si violemment à sa compagne que l’assiette encore pleine fit un grand vol plané. Il y eut un silence. Puis les regards se fixèrent vers le sol.

Elles attendaient le « coup de gueule » et la punition bien méritée car elles savaient qu’elles se devaient de terminer leur assiette en même temps que les autres et qu’il était interdit de courir dans le réfectoire. D’autre part, le désastre de l’assiette pleine renversée sur le sol méritait, pour le moins une bonne réprimande.

Il y eut un silence de leur part et de la mienne. Je regardais le désastre. Puis, les deux enfants reprirent en même temps la parole, s’accusant mutuellement. Je leur expliquai que les deux étaient coupables, l’une pour avoir couru alors que c’était interdit et l’autre pour ne pas avoir achevé son assiette à temps. Et je donnai à chacune sa punition leur faisant comprendre qu’étant toutes deux responsables, il leur incombait donc d’arranger les dégâts. Je leur demandai de prendre chacune un balai et un ramasse poussière.

Et moi-même je me mis à les aider. Et… je les remerciai de m’avoir secondée dans ce travail. Je vis leurs regards, tout d’abord de surprise, puis de remerciement. Aussitôt elles m’embrassèrent et s’en allèrent main dans la main.