La douce odeur de la pauvreté

Publié le 01/06/2019
olor de la pobreza

Je pense que l’odeur traduit bien ce que nous sommes. Les uns sentent le savon, le shampoing ou le parfum et on dit d’eux qu’ils sentent bon. D’autres sentent la transpiration, le travail, la crasse et on préfère les tenir à distance.

Notre charisme, chez les Serviteurs des Pauvres, est d’accueillir des personnes en grand dénuement. Bien souvent, ceux qui s’approchent pour nous demander de l’aide sont des gens simples de la Haute Cordillère dont les ressources économiques sont très faibles et dont l’éducation est limitée à la survie. Il n’y pas de place au superflu dans leur existence. Ils vivent dans des endroits où n’arrive pas l’eau courante, sans puits ni source et où le froid peut être intense. Dans leur cahutte de torchis au sol de terre, ils cuisinent, se chauffent au bois et logent avec leurs petits animaux, cochons d’Inde ou poules.

On peut donc imaginer l’odeur qui inonde de temps en temps les lieux où ils se rassemblent, les réfectoires, les classes, les chapelles, etc.

Je me souviens que, à peine arrivés chez les Missionnaires Serviteurs des Pauvres, nous participâmes d’une Messe dans la chapelle. Etait assise devant nous une maman, ne parlant que le quechua, avec ses traditionnelles couettes et ses innombrables jupons, portant un pullover d’une couleur indéfinissable. Sa toute première caractéristique était l’odeur qu’elle dégageait. Odeur à fumée, à animal, à sueur, à urine, etc. Que celui qui réussisse à rester à côté d’elle plus de cinq minutes gagne le Guinness World Records !

Avant même que je ne m’en rende compte était sortie de mon cœur cette prière : « Seigneur, fait que j’aime l’odeur des pauvres. » Si je devais rester toute ma vie en leur compagnie, je devais en tout premier lieu les aimer. Les aimer tels qu’ils sont et non comme j’aurais aimé qu’ils soient. C’est ainsi que ce jour me fut donné ce don divin.

Aimer l’odeur de la pauvreté. De cette pauvreté physique, perceptible, touchable mais aussi l’odeur de la pauvreté spirituelle et morale, plus cachée, moins notable.

Simplement aimer, aimer avec douceur et bienveillance. C’est l’amour que Dieu a pour nous. Il s’approche de nos impuretés avec tendresse parce qu’il nous voit et nous sait pauvres. Sa Miséricorde  est tombée amoureuse de nos misères et il veut nous apprendre le chemin qui mène à une purification morale et spirituelle.

Ayons ces yeux de miséricorde au sujet de ceux qui s’approchent de nous car « plus ils sentent mauvais », que ce soit physiquement ou spirituellement, plus ils ont besoin de nous. Apprenons de Lui à être miséricordieux.